Category: Livres,Romans et littérature,Littérature française

Après m'avoir fait tant mourir Details

Œuvres choisies

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Voilà un poète qui a certainement participé à la construction du mythe du poète qui souffre et que l??on torture, souffrance et torture étant des conditions sine qua non pour la valeur poétique des poètes ainsi intronisés, baptisés par le pus et le sang. Sans vouloir psychanalyser Théophile de Viau disons cependant que dans une période de violence extrême et d??absence de stabilité politique et sociale il prend une position, une attitude que certains diraient aisément autistiques, certainement psychotiques. Il défend systématiquement des positions qui sont non-dominantes et même non-acceptées dans sa société ambiante et les maintient contre vents et marées, contre ségrégation et prison, contre soyez-en sûr torture et persécution. Il s??enveloppe dans la croyance que ce qu??il dit est la vérité et que tout le monde devrait le reconnaitre et que donc il est comme un prophète et il doit être persécuté, il doit être crucifié, il doit mourir de l??assertion de ses vérités popur qu??un monde nouveau puisse naître. Mythe Christique s??il en est un.Chaque strophe de chaque ode ou sonnet exprime de cent façons son désir d??être autre et son acceptation que pour être autre il faut assumer que l??on vous en fera souffrir pour vous faire payer le prix de la différence et que la mort qu??on dira précoce en est le droit de passage, mais de passage de l??autre côté de la vie bien sûr, et en ùmorceaux si nécessaires pour satisfaire les besoins sadiques des acteurs de cette torture et msie à mort grotesques.Quand il quitte ce domaine de la persécution il se laisse aller à un bucolisme existentiel, j??entends qu??il peut décrire le monde naturel comme dans son ode « Le Matin » mais il ne tiendra que deux strophes avant de s??introduire dans le paysage, sous une forme collective d??abord (« La lune fuit devant NOS yeux) mais moins de deux strophes plus loin il se positionne en plein centre (« JE vois le généreux Lion ») et on peut se demander dans quel pays il est pour avoir un lion en liberté. De positionner ce JE en plein centre de la nature rend cette nature ombilicale, égocentrée et on perd la beauté même de ce monde naturel qui avait commencé bucolique et devient agricole avec charrue, chanvre et rouet sans parler du métier à tisser, sans cependant qu??il chante la beauté du travail humain et des inventions mécaniques de l??humanité. Ce n??est qu??un décor.Et il finit avec une note si autocentrée qu??elle en prend une charge franchement égotiste. Il réduit tout ce spectacle à un lever de lui et d??une certaine Phyllis, femme plus mythique dans sa poésie qu??autre chose, et la nature est alors réduite aux lys et aux roses qu??il voit fleurir sur son visage, entendons bien le blanc et le rouge de ce visage, mais aussi les lys de son propres nom, ou ??lis?? comme il les orthographe. Notons que c??est une vision qui hante le poète, une image métaphorique déjà employée dans son texte « ? Socrate » où il la pose, mais en ordre inverse, du paysage au visage de Phyllis et non du visage de Phyllis au paysage :« Si je passe en un jardinage / Semé de roses et de lis, / Il me ressouvient de Phyllis / Qui les as dessus son visage. » (« ? Socrate »)« Il est jour, levons-nous, Phyllis, / Allons à notre jardinage / Voit s??il est comme ton visage, / Semé de roses et de lis. » (« Le matin »)Je dois dire que cette égocentricisation de la nature travaillée par l??homme plus que naturelle me laisse un peu froid car cela détruit justement la beauté bucolique naturelle et la réduit à n??être qu??un cadre, un environnement, un décor à lui, le poète, et son amante mythique.Si vous aimez la matière lacrymale lisez les poèmes qui traitent de la torture, de la mort, entendez de la torture du poète et de sa mort comme par exemple dans ses « Stances » :« La frayeur de la mort ébranle le plus ferme : Il est bien malaisé,Que dans le désespoir, et proche de son terme L??esprit soit apaisé. »Je dois dire qu??après le « Lacrimosa » de Mozart, anachronisme oblige, même s??il n??est pas de lui, je dois dire que la frayeur de la mort est bien médiocre. La mort est l??événement majeur d??une vie et même si elle est le résultat de je ne sais quelle torture, elle est le point final et l??élément majeur d??une vie. En fait ce n??est pas la mort dont il parle mais simplement de la souffrance qui la précède, que cette souffrance soit physique ou morale, voire mentale.Et sa façon de toujours fuir le concret humain pour s??enfermer dans le divin comme si la Saint Barthélémy était le fait d??une décision divine, comme si Ravaillac était le pion de Dieu, comme si lui-même n??était que la cible, la victime, la proie de ces sphères célestes et non de multiples agents humains à la fois pervers et politiques, et mème politiques dans leurs perversions, cette fuite en avant est déconcertante. Mais écoutons un peu de ce délire plus divinatoire que divin :« Ah ! que le céleste courrouxEtait bien embrasé sur nous,Lorsqu??il fit parler ses Oracles,Et que sans détourner nos pasIl nous vit courir aux appasDe leurs pernicieux miracles. »Et je dois dire que les notes de Jean-Pierre Chauveau n??aident pas toujours dans ces métaphores contournées pour parler du réel politique sans encourir la censure. Le courroux céleste c??est le Roi ou la Régente avec les Oracles ses Italiens et ses juges et loin de fuir ne voilà-t-il pas que les victimes se ruent vers les bonbons de cette justice, vers les prisons et les salles de torture comme pour justifier de leur existence, de leur vérité, de leur être dans la souffrance que ces bonbons apportent, des bonbons empoisonnés qui vous font mourir de saturnisme lent sinon de satanisme dévoreur.Bonne lecture et tendre délire. Seul votre délire sauvera cette poésie de sa versification parfaite qui se morfond dans une morbidité maladive et mortuaire.Dr. Jacques COULARDEAU